Aller au contenu

TÉLÉCHARGER PIF POCHE PDF


Pif Poche – Pif en Grèce. PDF généré depuis le site cidarowatchrlin.cftonchar .fr | 1. Mis en ligne par Arrête Ton Char!, le 1 janvier (dernière m.a.j.: Après avoir été le premier à mettre en ligne ma collection intégrale de capsules de Champagne avec photos, voici une autre collection. Tout sur la série Pif Poche: Le mensuel Tout une époque!!.

Nom: pif poche pdf
Format:Fichier D’archive
Version:Nouvelle
Licence:Usage Personnel Seulement
Système d’exploitation: MacOS. iOS. Windows XP/7/10. Android.
Taille:59.52 MB


TÉLÉCHARGER PIF POCHE PDF

Je suis content qu'elle soit en peignoir et en pantouHes. Note: 5. Les BD que je cite , je les ai encore pour la plupart dans ma cave et j'allais meme directement chez elvifrance à Paris pour me servir Le Cinéphile du Grenier 12 février à Merci de ne plus croiser mon site Et maintenant, elle est silencieuse sous la terre, enfermée dans la geôle terreuse avec interdiction d'en sortir, prisonnière et muette dans sa solitude de terre, avec de la terre suffocante et si lourde inexorablement audessus d'elle dont les petites mains jamais plus, jamais plus ne bougeront. Europe PDF Kindle. Ceci dit, je ne vais pas me battre, j'ai autre chose à faire dans ma vie, mais le procédé m'amuse. On Ta ôtée de mes bras comme en rêve. Elle m'écouta avec une sin64 cérité passionnée et se mit ardemment à classer.

Après avoir été le premier à mettre en ligne ma collection intégrale de capsules de Champagne avec photos, voici une autre collection. Tout sur la série Pif Poche: Le mensuel Tout une époque!!. L'intgrale de Placid et Muzo Poche n26 - mai un hommage Jacques Nicolaou, auteur et dessinateur aux Editions Vaillant et Pif Gadget. Placid et Muzo. Pif - Pif le Chien, Hercule le chat et les autres tout en récits complets. 7 févr. Pif Gadget est un magazine français de bande dessinée pour la jeunesse, . un Placid et Muzo caché au fond du cartable, et parfois même un Pifou poche! Free Telechargement propose en ce moment Vaillant-Pif du n°1 au ! .. Comics 11 Séries Complètes + Bonus HD CBR PDF [COMIC][MULTI].

Que ce malheur partagé, et jusqu'à présent inavoué, peut m'unir à ma mère. Je me souviens aussi de nos promenades du 44 dimanche, en été, elle et moi, tout jeune garçon. On n'était pas riches et le tour de la Corniche ne coûtait que trois sous.

Ce tour, que le tramway faisait en une heure, c'était, en été, nos villégiatures, nos mondanités, nos chasses à courre. Elle et moi, deux faibles et bien vêtus, et aimants à en remontrer à Dieu. Je revois un de ces dimanches. Ce devait être à l'époque du Président Fallières, gros rouge ordinaire, qui m'avait fait frissonner de respect lorsqu'il était venu visiter notre lycée.

En ce dimanche, ma mère et moi nous étions ridiculement bien habillés et je considère avec pitié ces deux naïfs d'antan, si inutilement bien habillés, car personne n'était avec eux, personne ne se préoccupait d'eux.

PIF POCHE PDF

Ils s'habillaient très bien pour personne. Moi, en inopportun costume de petit prince et avec un visage de fille, angélique et ravi à me faire lapider. Elle, reine de Saba déguisée en bourgeoise, corsetée, émue et un peu égarée d'être luxueuse. Je revois ses longs gants de dentelle noire, son corsage à ruches avec 45 des plissés, des bouillons et des fronces, sa voilette, son boa de plumes, son éventail, sa longue jupe à taille de guêpe et à volants qu'elle soutenait de la main et qui découvrait des bottines à boutons de nacre avec un petit rond de métal au milieu.

Bref, pour cette promenade dominicale, on s'habillait comme des chanteurs d'après-midi mondaine et il ne nous manquait que le rouleau de musique à la main.

Arrivés à l'arrêt de La Plage, en face d'un casino rongé d'humidité, on prenait place solennellement, émotifs et peu dégourdis, sur des chaises de fer et devant une table verte. Le garçon parti, c'est-à-dire le danger passé, on se souriait avec satisfaction, ma mère et moi, un peu empotés.

Elle sortait alors les provisions emballées et elle me servait, avec quelque gêne si d'autres consommateurs nous regardaient, toutes sortes de splendeurs orientales, boulettes aux épinards, 46 feuilletés au fromage, boutargue, rissoles aux raisins de Corinthe et autres merveilles.

Elle me tendait une serviette un peu raide, amoureusement repassée la veille par ma mère si heureuse de penser, tandis qu'elle repassait en fredonnant un air de Lucie de Lammermoor, qu'elle irait demain avec son fils au bord de la mer.

Elle est morte. Et on se mettait à manger poliment, à regarder artificiellement la mer, si dépendants l'un de l'autre. C'était le plus beau moment de la semaine, la chimère de ma mère, sa passion : dîner avec son fils au bord de la mer. A voix basse, car elle avait, ma pauvre chérie, un complexe d'infériorité pas piqué des coccinelles, elle me disait de bien respirer l'air de la mer, de faire une provision d'air pur pour toute la semaine. J'obéissais, tout aussi nigaud qu'elle.

Les consommateurs regardaient ce petit imbécile qui ouvrait consciencieusement la bouche toute grande pour bien avaler l'air de la Méditerranée. Nigauds, oui, mais on s'aimait. Et on parlait, on parlait, on faisait des commentaires sur les autres consommateurs, on parlait à voix basse, très 47 sages et bien élevés, on parlait, heureux, quoique moins que lors des préparatifs à la maison, heureux, mais avec quelque tristesse secrète, qui venait peut-être du sentiment confus que chacun était l'unique société de l'autre.

Pourquoi ainsi isolés? Parce qu'on était pauvres, fiers et étrangers et surtout parce qu'on était des naïfs qui ne comprenaient rien aux trucs du social et n'avaient pas ce minimum de ruse nécessaire pour se faire des relations. Je crois même que notre maladroite tendresse trop vite offerte, notre faiblesse trop visible et notre timidité avaient éloigné de possibles amitiés. Assis à cette table verte, nous observions les autres consommateurs, nous tâchions d'entendre ce qu'ils disaient, non par vulgaire curiosité mais par soif de compagnie humaine, pour être un peu, de loin, leurs amis.

Nous aurions tant voulu en être. Nous nous rattrapions comme nous pouvions en écoutant.

PIF POCHE PDF

C'est laid? Je ne trouve pas. Ce qui est laid, c'est que sur cette terre il ne suffise pas d'être tendre et naïf pour être accueilli à bras ouverts. Nos éternels sujets de conversation étaient nous deux et mon père et quelques parents dans d'autres villes, mais jamais de tonifiants autres, vraiment autres. Nous parlions beaucoup pour nous dissimuler que nous nous ennuyions un peu et que nous n'étions pas tout à fait suffisants l'un à l'autre.

Comme je voudrais maintenant, loin de ces importants que je fréquente quand ça me chante, retrouver Maman et m'ennuyer un peu auprès d'elle. En ce dimanche auquel je pense, j'imaginai soudain, pauvre petit bougre, que j'étais soudain magiquement doué du don de faire des sauts de vingt mètres de haut, que d'un seul coup de talon j'allais m'enlever et voler audessus des trams et même au-dessus de la coupole du Casino, et que les consommateurs enthousiasmés applaudiraient le petit prodige et surtout l'aimeraient.

J'imaginai qu'à mon retour, essoufflé, mais pas trop, 49 auprès de ma mère orgueilleuse et vengée, les consommateurs viendraient féliciter Maman d'avoir donné le jour à un si sublime acrobate, qu'ils lui serreraient la main et qu'ils nous inviteraient à venir à leur table.

Tous nous souriraient et nous demanderaient d'aller déjeuner chez eux dimanche prochain. Je me levai, j'essayai mon coup de talon mais le don magique me fut refusé et je me rassis, regardant Maman à qui je ne pouvais faire le beau cadeau que j'avais imaginé. A neuf heures du soir, ma mère plia bagage et nous allâmes attendre le tram, près de la vespasienne aux relents mélancoliques, tout en regardant, hébétés et comme hypnotisés, les riches qui arrivaient joyeusement en bande et en voiture jouer à la roulette du Casino.

Nous, on attendait silencieusement le tram, humbles complices. Pour chasser la neurasthénie de cette solitude à deux, ma mère chercha un sujet de conversation. La grande vie, comme vous voyez, ma mère et moi. Mais on s'aimait. VII Maman de mon enfance, auprès de qui je me sentais au chaud, ses tisanes, jamais plus.

Jamais plus, son odorante armoire aux piles de linge à la verveine et aux familiales dentelles rassurantes, sa belle armoire de cerisier que j'ouvrais les jeudis et qui était mon royaume enfantin, une vallée de calme merveille, sombre et fruitée de confitures, aussi réconfortante que l'ombre de la table du salon sous laquelle je me croyais un chef arabe.

Jamais plus, son trousseau de clefs qui sonnaillaient au cordon du tablier et qui étaient sa décoration, son Ordre du mérite domestique. Jamais plus, son coffret plein d'anciennes bricoles d'argent avec lesquelles je jouais quand j'étais convalescent. O meubles disparus de ma mère. Maman, qui fus vivante et qui tant m'encourageas, donneuse de force, qui sus m'encourager aveuglément, avec 5i d'absurdes raisons qui me rassuraient, Maman, de là-haut, vois-tu ton petit garçon obéissant de dix ans?

Detail PIF POCHE - N° 225 . JEUX / GAGS / BLAGUES .

Soudain, je la revois, si animée par la visite du médecin venant soigner son petit garçon. Combien elle était émue par ces visites du médecin, lequel était un pontifiant crétin parfumé que nous admirions éperdument. Ces visites payées, c'était un événement mondain, une forme de vie sociale pour ma mère. Un monsieur bien du dehors parlait à cette isolée, soudain vivifiée et plus distinguée.

Et même, il laissait tomber du haut de son éminence des considérations politiques, non médicales, qui réhabilitaient ma mère, la faisaient une égale et ôtaient, pour quelques minutes, la lèpre de son isolement. Sans doute se rappelait-elle alors que son père avait été un notable. Je revois son respect de paysanne pour le médecin, sonore niais qui nous paraissait la merveille du monde et dont j'adorais tout, même une trace de variole sur son pif majestueux. Je revois l'admiration si convaincue avec laquelle elle le considérait m'auscultant d'une tête à l'eau de 52 Cologne, après qu'elle lui eut tendu cette serviette neuve à laquelle il avait droit divin.

Comme elle respectait cette nécessité magique d'une serviette pour ausculter. Je la revois, marchant sur la pointe des pieds pour ne pas le déranger tandis qu'il me prenait génialement le pouls tout en tenant génialement sa belle montre dans sa main. Que c'était beau, n'est-ce pas, pauvre Maman si peu blasée, si sevrée des joies de ce monde? Je la revois, charmée, émue, jeune fille, le raccompagnant à la porte et, rougissante, quêtant de lui la certitude que son petit garçon n'avait rien de sérieux.

Et après, comme elle allait vite chez le pharmacien, divinité inférieure mais fort appréciée, pour faire préparer les philtres qui allaient terriblement agir. Importance des médicaments pour ma 53 mère. Elle raffolait de me bourrer de ses propres médecines, de m'en faire profiter, et elle n'avait de cesse que je ne les busse toutes.

Pour la contenter, j'ai dû, même à l'âge d'homme, ingurgiter toutes sortes de remèdes pour toutes sortes d'organes et tissus. Elle me regardait les prendre avec une attention charmée et presque sévère. Oui, une simple, ma mère. Mais tout ce que j'ai de bon, c'est à elle que je le dois.

Et ne pouvant rien faire d'autre pour toi, Maman, je baise ma main qui vient de toi.

PIF POCHE PDF

Ton enfant est mort en même temps que toi. Par ta mort, me voici soudain de l'enfance à la vieillesse passé. Avec toi, je n'avais pas besoin de faire l'adulte. Voilà ce qui m'attend désormais, toujours feindre d'être un monsieur, un sérieux à responsabilités. Je n'ai plus personne pour me gronder si je mange trop vite ou si je lis trop avant dans la nuit. Je n'ai plus dix ans et je ne peux plus jouer avec des bobines ou des décalcomanies, dans la chambre chaude, loin du brouillard 54 de la rue d'hiver, près du rond jaune de la lampe à pétrole et sous ta garde, tandis que studieusement tu couds en faisant de doux projets vagues et ravissants, pauvre roulée d'avance.

O mon passé, ma petite enfance, ô chambrette, coussins brodés de petits chats rassurants, vertueuses chromos, conforts et confitures, tisanes, pâtes pectorales, arnica, papillon du gaz dans la cuisine, sirop d'orgeat, antiques dentelles, odeurs, naphtalines, veilleuses de porcelaine, petits baisers du soir, baisers de Maman qui me disait, après avoir bordé mon lit, que maintenant j'allais faire mon petit voyage dans la lune avec mon ami un écureuil.

Les rives s'éloignent. Ma mort approche. VIII A dix-huit ans, je quittai Marseille et j'allai à Genève où je m'inscrivis à l'Université et où des nymphes me furent bienveillantes. Alors, la solitude de ma mère devint totale. Elle était déracinée à Marseille. Elle y avait bien de vagues parents mais ils étaient trop riches et ne la recevaient que pour lui faire ingurgiter leur luxe, lui parler de leurs hautes relations et l'interroger avec bienveillance sur le modeste commerce de son mari.

Elle s'était abstenue au bout de quelques visites. Ne pouvant plus, depuis sa première crise cardiaque, aider mon père dans son travail, elle restait le plus souvent seule dans son appartement. Elle ne fréquentait personne car elle était peu débrouillarde.

D'ailleurs, les épouses des confrères de mon père n'étaient pas son genre et elle ne leur plaisait sans doute pas. Elle ne savait pas rire avec ces 57 danies de commerce, s'intéresser à ce qui les intéressait, parler comme elles. Ne fréquentant personne, elle fréquentait son appartement. L'après-midi, après avoir terminé ses tâches ménagères, elle se rendait visite à ellemême.

Bien habillée, elle se promenait dans son cher appartement, inspectait chaque chambre, tapotait une couverture, arrangeait un coussin, aimait la tapisserie neuve, savourait sa salle à manger, regardait si tout était bien en ordre, chérissait cet ordre et l'odeur d'encaustique et le nouveau canapé en affreux velours frappé.

Elle s'asseyait sur le canapé, se recevait chez elle. Cette boule à café qu'elle venait d'acheter était une relation nouvelle. Elle lui souriait, l'éloignait un peu pour mieux la voir. Ou encore elle considérait le beau sac à main que je lui avais offert, qu'elle conservait enveloppé dans du papier de soie et dont elle ne se servait jamais car il aurait été dommage de l'abîmer.

Sa vie, c'était son appartement, c'était écrire à son fils, attendre les lettres de son fils, préparer ses voyages vers le fils, attendre son mari dans l'appartement silencieux, 58 lui souhaiter la bienvenue lorsqu'il rentrait, être fière des compliments de son mari. Il y avait aussi les pâtisseries où elle écoutait un peu la conversation des dames bien, tout en mangeant un gâteau, consolation des isolés.

PIF POCHE PDF

Elle participait comme elle pouvait, se contentait humblement de ces pauvres divertissements, toujours spectatrice, jamais actrice. Sa vie, c'était encore d'aller toute seule au cinéma. Ces personnages sur l'écran, elle était admise en leur compagnie. Elle pleurait aux malheurs de ces belles dames chrétiennes.

Elle a été une isolée toute sa vie, une timide enfant dont la tête trop grosse était collée avidement à la vitre de la pâtisserie du social. Je ne sais pas pourquoi je raconte la vie triste de ma mère. C'est peutêtre pour la venger. A table, elle mettait tous les jours la place du fils absent. Et même, le jour anniversaire de ma naissance, elle servait l'absent.

Elle mettait les morceaux les plus fins sur l'assiette de l'absent, devant laquelle il y avait ma photographie et des fleurs. Au dessert, le jour de mon anniversaire, elle posait sur l'assiette de 59 l'absent la première tranche du gâteau aux amandes, toujours le même parce que c'était celui que j'avais aimé en mon enfance. Puis sa main tremblante versait le vin de Samos, toujours le même, dans le verre de l'absent.

Elle mangeait silencieusement, à côté de son mari, et elle regardait ma photographie. IX Depuis mon départ, l'événement de chaque année fut le séjour qu'elle faisait chez moi, à Genève, en été. Elle s'y préparait des mois à l'avance : rafistolage des vêtements, achat de cadeaux, cure ratée d'amaigrissement.

De cette manière, une sorte de bonheur commençait pour elle longtemps avant son départ. C'était une petite combine à elle pour être déjà un peu auprès de moi. Durant ses séjours chez moi, épopées de sa vie, elle était si soucieuse de me plaire.

Devant mes amis, elle essayait de réprimer ses gestes orientaux et de camoufler son accent, à demi marseillais et à demi balkanique, sous un murmure confus qui se voulait parisien.

Pauvre chérie. Elle n'avait pas beaucoup de volonté. Elle 61 ne savait pas suivre un régime et son embonpoint de cardiaque s'accentuait avec les années. Pourtant, à chacun de ses séjours, elle m'assurait qu'elle avait perdu plusieurs kilos depuis l'année dernière. Je ne la détrompais pas. La vérité, c'était que, quelques semaines avant son départ de Marseille, elle se condamnait à la famine pour maigrir et me plaire.

Mais elle ne perdait jamais autant de poids qu'elle en avait gagné. Ainsi, grossissant sans cesse, elle s'imaginait poétiquement maigrir sans cesse. Elle arrivait chez moi, fermement résolue à ne pas s'écarter désormais de son régime, Mais ce régime, elle l'enfreignait constamment sans s'en douter, les infractions étant toutes exceptionnelles quoique quotidiennes. Ne sais-tu pas qu'une envie non contentée fait grossir?

Pour Jes plantureux repas, il y avait toujours de bonnes raisons. Un jour, c'était parce qu'elle venait d'arriver à Genève et qu'il fallait bien fêter ce jour de merveille.

Un autre jour, parce qu'elle se sentait un peu fatiguée et que les beignets au miel fortifient. Un autre jour, parce qu'elle avait reçu une gentille lettre de mon père.

Quelques jours plus tard, parce qu'elle n'avait pas reçu de lettre. Une autre fois, parce que dans quelques jours elle partirait. Ou encore parce qu'elle ne voulait pas me tenir triste compagnie en me faisant assister à son repas de régime. Elle serrerait un peu plus son corset, et voilà tout. Elle restait alors 63 toute la journée scrupuleusement sans manger, se forgeant tristement mille félicités de sveltesse.

Si, pris soudain de pitié et sentant que tout cela ne servirait à rien, je lui disais qu'en somme ces régimes ce n'était pas très utile, elle approuvait avec enthousiasme. Je la regardais et je pensais qu'elle n'était pas faite pour vivre longtemps et qu'il était juste qu'elle eût quelques petits plaisirs.

Je la regardais qui mangeait, très à son affaire. Je regardais paternellement ses petites mains qui bougeaient, qui bougeaient en ce temps-là. Elle n'avait aucun sens de l'ordre et croyait avoir beaucoup d'ordre.

Lors d'une de mes visites à Marseille, je lui achetai un dossier alphabétique, lui en expliquant les mystères et que les factures du gaz devaient se mettre sous la lettre G. Elle m'écouta avec une sin64 cérité passionnée et se mit ardemment à classer. Quelques mois plus tard, lors d'une autre visite, je m'aperçus que les factures du gaz étaient sous Z.

PIF POCHE PDF

Comme je faisais allusion à ce désordre revenu, elle eut un sourire d'enfant coupable. Mais si tu veux, je recommencerai à classer. Quand on traversait la rue ensemble à Ge65 nève, elle était un peu nigaude. Consciente de sa gaucherie héréditaire, et marchant péniblement, ma cardiaque, elle avait si peur des autos, si peur d'être écrasée, et elle traversait, sous ma conduite, si studieusement, avec tant de brave application affolée.

Je la prenais paternellement par le bras et elle baissait la tête et fonçait, ne regardant pas les autos, fermant les yeux pour pouvoir mieux suivre ma conduite, toute livrée à ma direction, un peu ridicule d'aller avec tant de hâte et d'épouvante, si soucieuse de n'être pas écrasée et de vivre.

Faisant si bien son devoir de vivre, elle fonçait bravement, avec une immense peur, mais toute convaincue de ma science et puissance et qu'avec son protecteur nul mal ne pouvait lui survenir. Si empotée, ma pauvre chérie.

Et quelle montagnarde aventure c'était pour elle de monter dans un tram. Je me moquais un peu d'elle. Elle aimait mes moqueries. Maintenant, elle est allongée en son bougon sommeil de terre, celle qui avait si peur d'être écrasée, allongée en une végétale hébétude.

Dans les trams de Genève, elle aimait regar66 der, à chaque arrêt, l'irruption de tous les petits vouloir-vivre, l'arrivée des nouveaux voyageurs qui s'asseyaient avec satisfaction, ces deux amies qui se souriaient, essoufflées, comme pour se féliciter, en leur chère préoccupation d'elles-mêmes, d'avoir vaincu, c'està-dire de n'avoir pas manqué le tram.

Tout ce qui les concerne est si important pour les petits humains, ces drôles de cocos. Ma mère aimait regarder. C'était le seul contact social qui lui était donné. Elle comprenait tout. Elle comprenait même pourquoi cette petite commise considérait tellement le savon coûteux qu'elle venait d'acheter.

Elle est maussade en sa terreuse mélancolie. Finies, les longues badauderies de Genève avec ma mère qui marchait péniblement et j'étais heureux de respecter sa lente marche et je me forçais à aller encore plus lentement qu'elle pour lui éviter fatigue et humiliation. Elle admirait tout de la chère Genève et de la 67 Suisse. Elle était enthousiaste de ce petit pays, sage et solide. Naïve, elle faisait pour la Suisse des rêves de domination universelle, élaborait un empire mondial suisse.

Elle disait qu'on devrait mettre de bons Suisses, bien raisonnables, bien consciencieux, un peu sévères, à la tête des gouvernements de tous les pays.

Alors, tout irait bien. Les agents de police et les facteurs seraient bien rasés et leurs souliers bien cirés. Les bureaux de poste deviendraient propres, les maisons fleuries, les douaniers aimables, les gares astiquées et vernies, et il n'y aurait plus de guerres. Elle admirait la pureté du lac de Genève. Pour la 68 mettre à Taise, je me faisais tout oriental avec elle. Il nous est même peut-être arrivé de manger subrepticement des pistaches salées dans la rue, comme deux bons frangins méditerranéens qui n'avaient pas besoin, pour s'aimer, d'avoir une conversation élevée et de se jouer des comédies de distinction, et qui pouvaient être un peu veules ensemble et traînasser.

Comme elle se fatiguait vite à marcher. Cette lente marche, c'était déjà une marche funèbre, le commencement de sa mort. On marchait lentement, et elle me disait soudain, à moi, son grand ami, une pensée qui lui paraissait importante. Regarde-les, ils ont des pattes, des. Mais un jour des anciens temps, notre maître Moïse est arrivé et il a décidé, dans sa tête, de changer ces bêtes en hommes, en enfants de Dieu, par les Saints Commandements, tu comprends.

Il leur a dit : tu ne feras pas ceci, tu ne feras pas cela, c'est mal, les animaux tuent mais toi, tu ne tueras pas. Moi, je crois que c'est lui qui a inventé les Dix Commandements en se promenant sur le 69 Mont Sinaï pour mieux réfléchir.

Mais il leur a dit que c'était Dieu pour les impressionner, tu comprends. Tu sais comment ils sont, les Juifs. Il leur faut toujours le plus cher. Quand ils sont malades, ils font tout de suite venir le plus grand professeur de médecine. Alors, Moïse, qui les connaissait bien, s'est dit : si je leur dis que les Commandements viennent de l'Éternel, ils feront plus attention, ils respecteront davantage.

Dans le journal, ils racontent un accident, ce n'est pas difficile, c'est un fait qui est arrivé, il faut seulement mettre les mots qu'il faut.

Mais toi, ce sont des inventions, des centaines de pages sorties du cerveau. Quelle merveille du s monde! Ils répètent ce qu'ils ont appris dans les livres 70 et ils font tellement les importants avec leur salon où il y a toujours une lionne en bronze qui va mourir. Des centaines de pages, répétât-elle rêveusement. Et moi, pauvrette, je ne suis même pas capable d'écrire une lettre de condoléances.

Tu devrais m'écrire un modèle pour les condoléances, mais ne mets pas des mots profonds, parce qu'alors on comprendrait que ce n'est pas moi. Tu m'écoutes, toi. Avec toi, on peut avoir une conversation. Du génie, elle avait les émois n énormes et déraisonnables. Elle s'endormit, fière d'avoir un bon fils. Contente de si peu, ma pauvre enthousiaste.

Le lendemain, au petit déjeuner, elle mit les souliers chéris sur la table, près de la cafetière. On sonna et elle tressaillit. Un télégramme de Marseille? Mais ce n'était qu'un complet, livré par mon tailleur. Exaltation de Maman, atmosphère de fête. Elle tâta le complet, déclara avec un air de compétence elle n'y connaissait rien qu'il était de laine écossaise. Posant sa main sur ma tête, elle me souhaita aussi de le porter cent ans, ce qui me causa quelque cafard.

C'est ainsi qu'elle appelait les avions. X Dans ma solitude, je me chante la berceuse douce, si douce, que ma mère me chantait, ma mère sur qui la mort a posé ses doigts de glace et je me dis, avec dans la gorge un sanglot sec qui ne veut pas sortir, je me dis que ses petites mains ne sont plus chaudes et que jamais plus je ne les porterai douces à mon front.

Plus jamais je ne connaîtrai ses maladroits baisers à peine posés. Plus jamais, glas des endeuillés, chant des morts que nous avons aimés. Je ne la reverrai plus jamais et jamais je ne pourrai effacer mes indifférences ou mes colères. Je fus méchant avec elle, une fois, et elle ne le méritait pas.

Cruauté des fils. Cruauté de cette absurde scène que je fis. Et pourquoi? Parce que, inquiète de ne pas me voir 73 rentrer, ne pouvant jamais s'endormir avant que son fils fût rentré, elle avait téléphoné, à quatre heures du matin, à mes mondains inviteurs qui ne la valaient certes pas.

TÉLÉCHARGER PIF ET HERCULE PDF GRATUIT

Elle avait téléphoné pour être rassurée, pour être sûre que rien de mal ne m'était arrivé. De retour chez moi, je lui avais fait cette affreuse scène. Je la revois, si humble, ma sainte, devant mes stupides reproches, bouleversante d'humilité, si consciente de sa faute, de ce qu'elle était persuadée être une faute. Si convaincue de sa culpabilité, la pauvre qui n'avait rien fait de mal.

Elle sanglotait, ma petite enfant. Oh, ses pleurs que je ne pourrai jamais n'avoir pas fait couler. Oh, ses petites mains désespérées où des taches bleues étaient apparues.

Chérie, tu vois, je tâche de me racheter en avouant. Combien nous pouvons faire souffrir ceux qui nous aiment et quel affreux pouvoir de mal nous avons sur eux. Et comme nous faisons usage de ce pouvoir. Et pourquoi cette indigne colère? Peut-être parce que son accent étranger et ses fautes de français en téléphonant à ces crétins cultivés m'avaient gêné. Je ne les entendrai plus jamais, ses fautes de français et son accent étranger.

Frères humains, frères en misère et en superticialité, c'est du propre, notre amour filial. Je l'entends qui me rassure. Tu as raison, Maman, je n'ai été méchant qu'une fois avec toi et je t'ai demandé un pardon que tu accordas avec tant de joie. Tu le sais, n'est-ce pas, je t'ai totalement aimée. Comme nous étions bien ensemble, quels bavards complices et intarissables amis. Mais j'aurais pu t'aimer plus encore et tous les jours t'écrire et tous les jours te donner ce sentiment d'importance que seul je savais te donner et qui te rendait si hère, toi humble et méconnue, ma géniale, Maman, ma petite fille chérie.

Je n'avais pas assez d'amour pour l'imaginer, ouvrant sa boîte aux lettres, à Marseille, plusieurs fois par jour et n'y trouvant jamais rien. Maintenant, chaque fois que j'ouvre ma boîte aux lettres et que je n'y trouve pas la lettre de ma fille, cette lettre que j'attends depuis des semaines, j'ai un petit sourire. Ma mère est vengée.

Et le pire, c'est que j'étais quelquefois agacé par ses télégrammes. La lettre n'avait pas vite suivi. Chérie, ce livre, c'est ma dernière lettre. Je me raccroche à cette idée que, devenu adulte ça a pris du temps , je lui donnais de l'argent en cachette, ce qui lui procurait la joie désintéressée de se savoir protégée par son fils.

Téléchargement gratuit de fichiers pdf de livres informatiques Pif poche n 274 La musculation iBook

J'aurais dû lui offrir un aspirateur à poussière. Elle en aurait eu un poétique plaisir. Elle serait allée lui rendre visite de temps en temps, l'aurait chéri, regardé sous 76 toutes ses faces avec un recul artiste et une respiration satisfaite.

Ces choses étaient importantes pour elle, fleurissaient sa vie. Je me raccroche aussi à cette idée que je l'ai beau coup écoutée, que j'ai participé hypocritement aux dissensions de famille qui l'intéressaient tant et qui m'ennuyaient un peu. J'abondais dans son sens, je l'approuvais de critiquer tel parent en disgrâce, le même qu'elle portait aux nues, deux jours plus tard, si elle en recevait une lettre aimable.

Je me raccroche à cette pauvre consolation que je savais régler mon pas sur son pas lent de cardiaque. Ce qui me fait du bien aussi, c'est de me dire que j'ai su la flatter. Elle vivait alors extrêmement, était réhabilitée. Que lui importait d'être une isolée et une dédaignée? Elle s'abreuvait de mes louanges, avait un fils. Mais le seul vrai réconfort, c'est qu'elle n'assiste pas à mon malheur de sa mort. Me frottant les mains pour essayer d'être gai, je viens de confier cette pensée à ma chatte qui a ronronné courtoisement.

Un autre remords, c'est que je considérais tout naturel d'avoir une mère vivante. Je ne savais pas assez combien ses allées et venues dans mon appartement étaient précieuses, éphémères. Je ne savais pas assez qu'elle était en vie. Je n'ai pas assez désiré ses venues à Genève. Est-ce possible? Il y a donc eu un temps merveilleux où je n'avais qu'à envoyer un télégramme de dix mots pour que, deux jours plus tard, elle débarque sur le quai de la gare, avec son sourire conventionnel de timide, ses valises toujours un peu démantibulées et son chapeau trop étroit.

Je n'avais qu'à écrire dix mots et elle était là, magique78 ment. J'étais le maître de cette magie et je l'ai si peu utilisée, idiotement occupé que j'étais par des nymphes. Tu n'as pas voulu écrire dix mots, écris-en quarante mille maintenant. Ma folie est de penser sans cesse à cette feuille de télégramme. J'écris dix mots à la poste et voilà, elle est à la portière du wagon, elle me fait signe en me désignant de l'index.

Et voilà, elle se dépêche gauchement sur le marchepied, avec une peur horrible de tomber, car elle et la gymnastique, ça fait deux. Et voilà, elle avance vers moi, digne et honteuse, avec ses cheveux frisés, son nez un peu fort, son chapeau trop petit, ses talons un peu de travers et ses chevilles un peu enHées. Elle est un peu ridicule d'avancer ainsi péniblement, le bras en balancier, mais je l'admire, cette maladroite aux yeux fastueux, Jérusalem vivante.

Elle est déguisée en dame convenable d'Occident mais c'est d'un antique Chanaan qu'elle arrive et elle ne le sait pas.

Et voilà, sa petite main me caresse la joue. Elle est si émue. Comme elle s'est bien recoiffée et brossée dans la toilette du wagon, une demi-heure avant l'arrivée. Je la connais bien. Par de 79 longs préparatifs, elle a voulu se rendre élégante pour faire hommage à son fils et en être bien jugée. Maintenant, elle se met sous ma protection et elle sait que je vais m'occuper de tout, du porteur, du taxi.

Elle me suit docilement. Sa petite angoisse d'éternelle étrangère en tendant son passeport au gendarme genevois. Mais elle n'a pas trop peur parce que je suis là. Dans le taxi, elle me prend la main, y dépose un petit baiser maladroit, un baiser si léger, une petite plume de canari. Elle sent l'eau de Cologne pas très chère.

Voilà, on est arrivés chez moi. Elle est intimidée par ce bel appartement. Elle aspire un peu de salive, c'est son petit tic de gêne, quand elle veut être distinguée. Et voilà, les cadeaux sortent de la valise. Que de gâteaux, préparés par elle, poèmes d'amour Je la remercie et alors elle me donne un autre de ses baisers à elle, un baiser timide et poétique : elle me prend légèrement la joue entre deux de ses doigts et ensuite elle baise ses deux doigts.

Tu vois, chérie, je me souviens de tout.

Téléchargez aussi: TÉLÉCHARGER PL7 MICRO V4.4

Je la regarde. Oui, je la connais bien. Je connais ses petits secrets ingénus. Je sais très bien qu'elle ne m'a pas donné tous les cadeaux. Je sais qu'il y en a d'autres, cachés dans la valise, et qu'ils sortiront peu à peu, 80 les jours suivants. Elle veut faire durer le plaisir, me donner un cadeau chaque jour. Je fais celui qui ne se doute de rien. Je ne veux pas lui gâcher son petit plaisir. Maintenant, c'est le lendemain matin. Elle m'apporte le plateau du petit déjeuner. Elle est en peignoir.

Finies, les vertueuses élégances de la veille. Elle se laisse un peu aller ce matin, car elle est vieille. Je suis content qu'elle soit en peignoir et en pantouHes. Ça la repose. C'est le seul faux bonheur qui me reste, d'écrire sur elle, pas rasé, avec la musique inécoutée de la radio, avec ma chatte à qui, en secret, je parle dans le dialecte vénitien des Jtrifs de Corfou, que je parlais parfois avec ma mère.

Mon impassible chatte, mon ersatz de mère, ma piteuse petite mère si peu aimante. Quelquefois, lorsque je suis seul avec ma chatte, je me penche vers elle et je l'appelle ma petite Maman. Mais ma chatte me regarde et ne comprend pas. Et je reste seul, avec ma ridicule tendresse en chômage. Lorsque je vis les taches bleues sur ses mains, les larmes me vinrent et je m'agenouillai et je baisai follement ses petites mains et elle baisa mes mains et nous nous regardâmes, fils et mère à jamais.

Elle me prit sur ses genoux et elle me consola. Mais lorsque, le lendemain soir, je m'en fus à une autre brillante réception, je n'emmenai pas ma mère avec moi. Elle ne s'indignait pas d'être ainsi mise de 82 côté. Elle ne trouvait pas injuste son destin d'isolée, son pauvre destin de rester cachée et de ne pas connaître mes relations, mes idiotes relations mondaines, cette sale bande de bien élevés.

Elle acceptait, bon chien fidèle, son petit sort d'attendre, solitaire dans mon appartement et cousant pour moi, d'attendre mon retour de ces élégants dîners dont elle trouvait naturel d'être bannie.

Attendre dans son obscurité, tout en cousant pour son fils, humblement attendre le retour de son fils lui suffisait. Admirer son fils revenu, son fils en smoking ou en habit et bien-portant, suffisait à son bonheur. Apprendre de lui les noms des importants convives lui suffisait.

Connaître en détail les divers plats du luxueux menu et les toilettes des dames décolletées, de ces grandes dames qu'elle ne connaîtrait jamais, lui suffisait, suffisait à cette âme sans fiel. Elle savourait de loin ce paradis dont elle était exclue. Ma bien-aimée, je te présente à tous maintenant, fier de toi, fier de ton accent oriental, fier de tes fautes de français, follement fier de ton ignorance des grands usages. Un peu tardive, cette fierté. XI Un jour, à Genève, lui ayant donné rendez-vous à cinq heures dans le square de l'Université, je n'arrivai, retenu par une blondeur, qu'à huit heures du soir.

Elle ne me vit pas venir. Elle attendait là, depuis des heures, docilement, paisiblement, un peu somnolente, plus vieille d'être seule, résignée, habituée à la solitude, habituée à mes retards, sans révolte en son humble attente, servante, pauvre sainte poire. Attendre son fils pendant trois heures, quoi de plus naturel et n'avait-il pas tous les droits? Je le hais, ce fils. Elle m'aperçut enfin et elle se remit à vivre, toute de moi dépendante.

Je revois son sursaut de vitalité 84 revenue, je la revois passant brusquement de Thébétude à la vie, rajeunie, brusquement passant de sa somnolence d'esclave ou de chien fidèle à un extrême intérêt à vivre.

Elle ajusta son chapeau et ses traits, car elle tenait à me faire honneur. Et ensuite, Maman vieillissante, elle eut ses deux gestes à elle, d'où lui étaient-ils venus et en quelle enfance avaient-ils été puisés? Je les revois si bien, ses deux gestes gauches et poétiques quand, de loin, elle me voyait arriver.

Le terrible des morts, c'est leurs gestes de vie dans notre mémoire. Car alors, ils vivent atrocement et nous n'y comprenons plus rien.

Tes deux gestes sempiternels, chaque fois que tu me voyais arriver au rendez-vous. D'abord, les yeux éclairés de bonheur timide, tu me désignais inutilement de l'index, avec un ravissement plein de dignité, pour me montrer que tu m'avais vu, en réalité pour te donner une contenance. Je réprimais parfois une sorte de fou rire agacé et honteux devant cet absurde geste, attendu et si connu, que tu avais de me désigner à personne.

Et puis, chérie, tu te levais et venais à ma rencontre, 85 rougissante, confuse, exposée, souriant de gêne d'être vue à distance et observée trop longuement. Maladroite, débutante, tu avançais avec un sourire ravi et honteux de petite fille pas dégourdie, tes yeux me scrutant cependant pour savoir si je ne critiquais pas intérieurement.

Pauvre Maman, tu avais si peur de me déplaire, de n'être pas assez occidentale à mon gré. Et alors, tu avais ton second geste de timidité. Comme je le connais et comme il est vivant dans mes yeux qui voient trop tous les passés.

Tu portais ta petite main à la commissure de ta lèvre, tandis que tu avançais vers moi, ton autre main en balancier scandant ta marche pénible. C'était un geste de notre Orient, le geste des vierges honteuses qui se cachent un peu le visage. Ou peut-être, ce geste, c'était pour dissimuler ta petite cicatrice, vieille Maman, éternelle fiancée. Que je suis ridicule d'expliquer cet humble trésor de tes deux gestes, ô ma vivante, ma royale morte.

Je sais bien que ce que je dis de tes deux gestes n'intéresse personne et que tous, certes, se fichent de tous. Jamais plus sur un banc de square tu ne m'attendras. Tu m'as abandonné, tu ne m'as 86 pas attendu, tu as quitté ton banc, tu n'as plus eu le courage d'attendre le retour de ton fils.

Cette fois, il t'a fait trop attendre. Il était trop en retard au rendez-vous et tu es partie. C'est la première méchanceté que tu m'aies faite.

Je suis seul maintenant et c'est à mon tour d'attendre sur le banc automnal de la vie, sous le vent froid qui gémit dans le crépuscule et soulève les feuilles mortes en néfastes tourbillons odeur d'anciennes chambres, à mon tour d'attendre ma mère qui ne vient pas, qui ne viendra plus au rendez-vous, ne viendra plus. Ces gens qui passent devant moi sont inutiles et vivants, salement vivants.

Piteuse vengeance. Je suis malheureux, Maman, et tu ne viens pas. Je t'appelle, Maman, et tu ne réponds pas. Le magazine s'appelle à ses débuts Pif et son gadget surprise puis, quelques mois plus tard, Pif Gadget. C'est un hebdomadaire. Il se caractérise aussi par l'augmentation de son volume.

Alors que son prédécesseur paraissait sous quarante-huit pages, Pif Gadget offre quatre-vingts pages d'histoires comiques et d'aventure chaque semaine. La variété des séries qu'il proposait était assez impressionnante. Le lecteur y trouvait de l'aventure animalière en couleur clairement enfantine comme Pif, Placid et Muzo, Pifou.

Il se caractérise enfin par son Journal des jeux d'une quinzaine de pages comprenant entre autres des tests pourriez-vous être… , des mots croisés, des questions, des énigmes. Il se termine par la page solutions pour respecter la formule de l'illustré "complet".

Du premier au numéro 46, un jeu concours primé à thèmes permet de récompenser le lecteur gagnant d'une somme d'argent et d'un cadeau. Gadgétus le "Journal du Gadget" sera un troisième insert qui développera l'année suivante une thématique autour du gadget de chaque semaine. Publié par Anacho à Envoyer par e-mail BlogThis! Anonyme 7 février à Yohann 7 février à Anonyme 9 février à Le Cinéphile du Grenier 12 février à King Blastaar 19 avril à Mandrake de Paris 21 juin à Anacho 23 juin à Doc Mars 24 février à Anacho 24 février à Le Caillou Magique 4 décembre à Unknown 17 novembre à Benmam 6 juin à Anacho 6 juin à